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Traditions de rue

Abrivado : la tradition camarguaise des taureaux lâchés

Publié le 29 septembre 2026

Une abrivado, c’est le passage de quelques taureaux de Camargue dans les rues d’un village, serrés au galop par des gardians à cheval. Le parcours est fermé par des barrières. Des jeunes à pied, les attrapaïres, tentent de faire échapper les bêtes pendant que les cavaliers les tiennent groupées. Il n’y a ni combat ni mise à mort : les taureaux repartent ensuite vers leur manade.

D’où vient le mot abrivado ?

Le mot est occitan et veut dire « élan » ou « hâte ». On lit aussi « abrivade », forme francisée qu’on entend autant que l’originale dans le Gard et l’Hérault. L’élan en question, c’est celui des chevaux lancés au grand trot pour que le troupeau ne se disperse pas.

L’encyclopédie Wikipédia rappelle l’origine pratique de la chose. Avant les camions, il fallait conduire à pied les taureaux des prés jusqu’aux arènes du village où ils allaient courir. Les gardians les encadraient. Sur le trajet, les jeunes du pays s’amusaient à les faire fuir, et les cavaliers ont pris l’habitude de traverser les bourgs à toute allure pour limiter les évasions. Le transport est devenu un jeu, puis un spectacle attendu de la fête votive.

Comment se déroule une abrivado ?

Les gardians forment un bloc serré autour de quelques taureaux. Les cavaliers de tête ouvrent le passage, ceux des flancs referment les brèches. Le groupe entre dans la rue barriérée, remonte le parcours, puis revient ou gagne un enclos.

Face à eux, les attrapaïres. Ce sont les « attrapeurs » : ils s’accrochent à l’encolure d’un cheval, tirent la queue d’un taureau, cherchent à casser la formation. Quand une bête s’échappe, elle part seule dans les rues et les gardians doivent la rattraper, ce qui est long et délicat. Le public, lui, reste derrière les barrières ou sur les zones de refuge.

Le retour porte un autre nom. La bandido désigne le trajet inverse, des arènes vers les prés, et beaucoup de programmes annoncent les deux ensemble sous la formule « abrivado bandido ». Nous lui consacrons un article à part : la bandido.

Quelles règles pour les spectateurs ?

Les consignes varient selon les communes mais reviennent souvent. L’office de tourisme des Saintes-Maries-de-la-Mer interdit les fumigènes et tout obstacle posé pour gêner cavaliers et taureaux. Les spectateurs doivent s’espacer le long du parcours, éviter les passages étroits et ne pas gêner le travail des gardians.

Le danger est réel. Le 16 juillet 2024, pendant la fête votive de Calvisson (Gard), un homme de 46 ans a été projeté par un taureau lors d’une abrivado bandido. France 3 Occitanie rapporte qu’il a fait un arrêt cardiaque avant d’être réanimé par les secours. Le maire rappelait alors que l’organisateur doit placer une personne aux barrières et du monde à chaque intersection. Le même week-end, au Cailar, une cavalière de 21 ans avait été grièvement blessée par la chute de son cheval.

En pratique, trois réflexes suffisent : rester derrière une barrière pleine, ne jamais traverser le parcours quand le groupe approche, et surveiller les enfants aux carrefours.

Qu’est-ce qu’une abrivado longue ?

C’est la version d’origine, sur de la vraie distance. Le départ se fait à plusieurs kilomètres du village, souvent après un repas partagé par les participants. Le cortège traverse la campagne avant d’entrer dans les rues. Les attrapaïres y ont plus de place pour tenter leur chance, et un taureau échappé en pleine nature devient difficile à récupérer. On en voit surtout dans les villages du Gard et de l’Hérault, pendant les fêtes votives d’été.

Où voir une abrivado ?

Wikipédia cite cinq départements où la tradition se pratique : Bouches-du-Rhône, Vaucluse, Gard, Hérault et Pyrénées-Orientales. Dans les villages, elle fait partie du programme de la fête votive, souvent plusieurs jours de suite.

Les grandes ferias en programment aussi. À Nîmes, le programme de la Pentecôte annonce des abrivados dans les rues à côté des corridas : voyez la fiche de la Feria de Pentecôte. La Feria des Vendanges en fait passer sur les boulevards. Arles les place dans le programme de sa Feria de Pâques, et Istres dans celui de sa feria de juin.

Le rendez-vous le plus connu reste le festival d’abrivado des Saintes-Maries-de-la-Mer. Il a lieu en novembre, habituellement les 10 et 11, sur la plage et dans le village, avec de nombreuses manades. En 2025, l’édition a été annulée : la dermatose nodulaire contagieuse touchait les bovins, et la filière avait suspendu les manifestations taurines jusqu’au 1er décembre, selon ICI (ex-France Bleu).

Quelle différence avec l’encierro espagnol ?

L’encierro de Pampelune est une course à pied devant des taureaux de combat, qui seront toréés l’après-midi. Dans l’abrivado, les taureaux sont des camarguais et ce sont des cavaliers qui les mènent. Le jeu consiste à défaire leur formation, pas à courir devant les cornes. Pour comparer, lisez notre article sur l’encierro de Pampelune.

Questions fréquentes

Les taureaux d’une abrivado sont-ils blessés ?

Non, aucune pique ni mise à mort : ce sont des taureaux de manade qui rentrent au pré après la fête. Pour savoir d’où ils viennent, voyez ce qu’est une manade.

Faut-il payer pour voir une abrivado ?

Dans les rues d’un village en fête votive, le spectacle se regarde depuis le trottoir derrière les barrières. Il n’y a en général pas de billet à acheter. Vérifiez tout de même le programme de la commune.

Sources

  • fr.wikipedia.org
  • saintesmaries.com
  • ici.fr
  • france3-regions.franceinfo.fr