En France, la corrida n’est légale que dans les localités où une « tradition locale ininterrompue » peut être invoquée, selon l’article 521-1 du Code pénal. Concrètement, elle se pratique surtout dans six départements du Sud-Ouest et du Sud-Est, avec un foyer secondaire dans les Pyrénées-Orientales. Les sept arènes de première catégorie sont à Nîmes, Arles et Béziers d’un côté. Bayonne, Dax, Mont-de-Marsan et Vic-Fezensac forment le groupe de l’Ouest.
Pourquoi la corrida est-elle autorisée seulement dans certaines villes ?
Le Code pénal punit les sévices graves et les actes de cruauté envers les animaux domestiques, apprivoisés ou tenus en captivité. L’article 521-1 prévoit pour cela trois ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende, selon le rapport parlementaire de novembre 2022 sur l’abolition de la corrida. Le même article exclut les courses de taureaux de son champ d’application « lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée ».
Cette exception a une histoire. Selon le cabinet d’avocats Landot, elle date de la loi du 24 avril 1951, qui parlait seulement de « tradition ininterrompue ». L’adjectif « locale » a été ajouté par un décret du 7 septembre 1959.
Le Conseil constitutionnel a validé ce régime par sa décision n° 2012-271 QPC du 21 septembre 2012. La corrida reste donc un délit sur le reste du territoire. Elle n’est simplement pas punissable là où la tradition est reconnue. En 2022, une proposition de loi d’abolition portée par le député Aymeric Caron a été examinée en commission à l’Assemblée nationale : l’exception est toujours en vigueur.
Comment les juges apprécient-ils la « tradition locale » ?
Il n’existe pas de liste officielle de communes. Ce sont les tribunaux qui tranchent au cas par cas. Le blog juridique du cabinet Landot résume les critères retenus :
- la tradition s’apprécie dans un « ensemble démographique » qui peut dépasser la commune mais garde une dimension locale (cour administrative d’appel de Marseille, 4 octobre 2013) ;
- une interruption de vingt ans rompt la tradition (tribunal administratif de Montpellier, 4 juin 2024) ;
- la tradition a été reconnue à Nîmes, Arles et Béziers.
Des cas limites existent. Pour Pérols, dans l’Hérault, les juges n’ont pas reconnu de tradition après vingt ans sans corrida. À Bouillargues, dans le Gard, la tradition a été admise grâce à la proximité de villes taurines voisines. Nos articles sur la loi et l’interdiction de la corrida et sur le débat pour ou contre détaillent ces questions.
Dans quels départements se déroulent les corridas ?
Le géographe Jean-Baptiste Maudet a étudié leur répartition pour l’Observatoire national des cultures taurines. Selon lui, la corrida s’étend sur douze départements du Midi. Plus de 85 % des spectacles se concentrent dans six d’entre eux, qui forment deux zones séparées.
| Département | Zone |
|---|---|
| Landes | Sud-Ouest |
| Pyrénées-Atlantiques | Sud-Ouest |
| Gers | Sud-Ouest |
| Gard | Sud-Est |
| Bouches-du-Rhône | Sud-Est |
| Hérault | Sud-Est |
| Pyrénées-Orientales | foyer intermédiaire |
Ces chiffres datent du début des années 2000, période de l’étude. Maudet relevait alors 88 corridas en France en 2004. Le nombre exact varie chaque saison selon les arènes qui programment.
Quelles sont les grandes arènes de corrida en France ?
Sept arènes françaises sont classées en première catégorie, selon la même étude. Elles programment chacune dix à quinze spectacles par an, parfois davantage. Voici leur feria principale et la période habituelle.
| Ville | Département | Feria | Période habituelle |
|---|---|---|---|
| Nîmes | Gard | Feria de Pentecôte | autour du lundi de Pentecôte |
| Arles | Bouches-du-Rhône | Feria de Pâques | week-end de Pâques |
| Béziers | Hérault | Feria de Béziers | autour du 15 août |
| Bayonne | Pyrénées-Atlantiques | Fêtes de Bayonne | cinq jours en juillet |
| Mont-de-Marsan | Landes | Fêtes de la Madeleine | à partir du premier mercredi après le 14 juillet |
| Dax | Landes | Feria de Dax | cinq jours autour du 15 août |
| Vic-Fezensac | Gers | Festival de Vic-Fezensac | week-end de Pentecôte |
Nîmes est décrite par Maudet comme la place la plus importante par le nombre de spectacles. La ville organise aussi une Feria des Vendanges en septembre, et Arles une Feria du Riz à la même période.
Où voir une corrida en dehors des grandes places ?
D’autres arènes complètent la carte. Dans les Landes, des villes comme Saint-Vincent-de-Tyrosse, Parentis-en-Born ou Hagetmau programment des corridas pendant leurs fêtes d’été, à côté de la course landaise.
Dans les Pyrénées-Orientales, la Feria de Céret se tient le deuxième week-end de juillet. Elle représente le foyer catalan identifié par Maudet.
Toulouse est un cas à part. Selon la même étude, la ville avait lancé une feria dans sa banlieue, à Fenouillet, en 2003. Elle a été suspendue en 2009.
Quand a eu lieu la première corrida en France ?
D’après Jean-Baptiste Maudet, la première corrida organisée en France s’est tenue à Bayonne en août 1853. Les courses de taureaux locales existaient bien avant, sous d’autres formes. Dans les Landes et le Gers, la course landaise a gardé son public. En Provence et dans le Gard, c’est la course camarguaise. Aucune des deux ne comporte de mise à mort : notre article sur les formes de tauromachie en France les compare.
Comment trouver les dates des corridas ?
Les arènes publient leurs cartels quelques semaines ou quelques mois avant chaque feria. Tant que les dates d’une édition ne sont pas annoncées officiellement, nous indiquons seulement la période habituelle. Le calendrier des ferias regroupe les dates confirmées, ville par ville, et notre article sur le calendrier des corridas en France suit la saison taurine.
Questions fréquentes
La corrida est-elle légale partout dans le Sud ?
Non. La loi ne vise pas une région mais des localités où la tradition est prouvée. Une commune du Midi sans tradition reconnue ne peut pas organiser de corrida.
Peut-on voir une corrida à Paris ou à Marseille ?
Non. Marseille a tenté de faire reconnaître une tradition en 1962, et le juge l’a écartée faute de lien suffisant avec la Camargue ou Arles, selon le cabinet Landot.