Avant une corrida en France, le taureau est transporté depuis l’élevage dans une cage individuelle scellée. Il arrive aux corrals des arènes au plus tard trente heures avant la course. Il est ensuite examiné par une commission et un vétérinaire, revu le matin de la corrida, tiré au sort (le sorteo) puis enfermé seul dans un toril jusqu’à son entrée en piste. C’est ce que prévoit le règlement taurin municipal de l’Union des villes taurines de France (UVTF), que les villes membres adoptent en conseil municipal.
Les rumeurs qui circulent sur internet parlent d’autre chose. Cet article sépare ce que dit le texte de ce qui relève de l’accusation non vérifiée.
Comment le taureau arrive-t-il aux arènes ?
En camion, dans une cage à lui. L’article 47 du règlement taurin municipal (version publiée par l’Institut de droit taurin du barreau de Nîmes) impose des compartiments individuels solides et ventilés. Le but affiché est que les animaux, « et plus particulièrement leurs cornes », ne subissent aucun dommage. Les cages sont scellées par l’organisateur une fois l’embarquement fait, avant le départ de l’élevage.
Le délai est fixé : pour une corrida ou une novillada piquée, les animaux doivent être dans les corrals au plus tard trente heures avant l’heure de la course, sauf force majeure. Une fois débarqués, ils sont sous surveillance permanente jusqu’à leur sortie en piste.
Qui examine le taureau avant la course ?
Deux contrôles se succèdent. Le premier a lieu dès l’arrivée. La commission taurine extra-municipale (CTEM) vérifie que les marques et numéros de l’animal correspondent aux certificats. Elle contrôle aussi le chiffre de l’année de naissance marqué sur l’épaule, l’état des cornes (les « armures ») et la présentation générale. Un vétérinaire diplômé donne son avis sur l’état de santé apparent, par exemple une boiterie. La commission propose ensuite au maire un avis favorable, favorable sous réserve de remplacement, ou défavorable.
Le second contrôle a lieu le matin de la course. Le président de la corrida, ses assesseurs et le vétérinaire revoient les animaux pour vérifier qu’ils n’ont pas perdu leur aptitude au combat.
Le ministère de l’Agriculture l’a confirmé dans une réponse écrite publiée au Journal officiel le 14 mai 2024 : un examen clinique de chaque animal est réalisé par un vétérinaire avant la corrida. Cette inspection ante mortem conditionne la mise sur le marché de la viande.
Qu’est-ce que le sorteo ?
Le tirage au sort des taureaux entre les matadors. Il a lieu le matin de la course, après la seconde visite. Le règlement prévoit que le président assiste au sorteo, puis à l’apartado : la séparation des animaux, chacun placé dans son chiquero individuel. Le chiquero est la cellule du toril d’où le taureau sort au début de son combat. Notre article sur le toril décrit ces installations.
L’article 59 précise la méthode. Les matadors ou leurs représentants (un par cuadrilla) composent autant de lots qu’il y a de matadors, les plus égaux possibles. Le tirage décide ensuite du lot de chacun, et tous les toreros de la course peuvent y assister.
L’afeitado, c’est quoi et est-ce autorisé ?
L’afeitado consiste à raccourcir ou arrondir la pointe des cornes. Il est interdit en corrida et en novillada piquée. L’article 45 du règlement exige des cornes « intactes », sans manipulation visant à les modifier. Seul le toreo à cheval fait exception : l’article 46 autorise la manipulation des cornes en rejoneo, sans toucher à la partie osseuse.
Pour vérifier, le règlement prévoit un contrôle après la mort. Dans les arènes de première catégorie, une commission de trois membres (un délégué de l’UVTF et deux vétérinaires) peut prélever deux paires de cornes par corrida à la fin de l’arrastre. Les cornes sont percées à 10 cm de la pointe pour y poser des scellés, puis expertisées en fin de saison. Le sujet est développé dans notre article sur l’afeitado et les cornes du taureau.
Et les rumeurs sur la vaseline, le coton ou les drogues ?
Plusieurs sites militants décrivent des préparations cachées : vaseline dans les yeux, coton dans les naseaux, tranquillisants. Ces accusations circulent depuis des années. Nous n’avons trouvé aucune source indépendante (enquête officielle, décision de justice, rapport vétérinaire) qui les documente. Nous n’en trouvons pas non plus qui les réfute point par point. Le lecteur doit donc les tenir pour des affirmations non vérifiées.
Ce que le règlement prévoit en regard, c’est un dispositif de contrôle. Si le comportement d’un taureau paraît anormal pendant le combat, le délégué de l’UVTF peut faire prélever viscères, déjections ou sang. Les échantillons scellés partent au laboratoire de toxicologie de l’École nationale vétérinaire de Lyon. Les résultats remontent au président de l’UVTF puis au maire, qui peut demander des sanctions.
Autre règle souvent ignorée : un taureau ne doit jamais avoir été toréé. Si le matador signale que l’animal a déjà vu un leurre, le président peut ordonner son renvoi et son remplacement.
Quel taureau peut être combattu en corrida ?
Un mâle de quatre ans minimum et de moins de six ans, âge prouvé par le certificat de naissance. Le règlement fixe aussi un poids minimum en vif : 460 kg dans les arènes de première catégorie, 435 kg en deuxième catégorie. Les animaux borgnes ou aux cornes abîmées sont exclus des corridas.
| Étape | Quand | Qui |
|---|---|---|
| Embarquement et scellés | au départ de l’élevage | organisateur |
| Arrivée aux corrals | au plus tard 30 h avant la course | ganadero et organisateur |
| Reconnaissance | après l’arrivée | CTEM et vétérinaire |
| Seconde visite | le matin de la course | président et vétérinaire |
| Sorteo et apartado | le matin, après la visite | président, représentants des toreros |
| Contrôles post mortem | après l’arrastre | délégué UVTF et vétérinaires |
Les ordres de grandeur de poids sont détaillés dans notre article sur le poids du taureau de corrida. La suite, après l’arrastre, est traitée dans ce que deviennent les taureaux après la corrida.
Questions fréquentes
Le taureau est-il enfermé dans le noir avant la corrida ?
Le règlement dit seulement que chaque animal est placé dans un chiquero individuel après le sorteo, sous surveillance constante. Il ne précise pas l’éclairage de ces cellules.
Ces règles s’appliquent-elles partout en France ?
Elles s’appliquent dans les villes membres de l’UVTF qui ont ratifié le règlement en conseil municipal. C’est le cadre des grandes ferias comme la Feria de Pentecôte à Nîmes ou la Feria de Dax. Le texte évolue : la version citée ici peut différer de la dernière mise à jour.