L’habit de lumière (traje de luces en espagnol) est le costume que portent les toreros à pied pendant la corrida. Il se compose d’une veste courte (chaquetilla), d’un gilet et d’une culotte moulante (taleguilla). Le tout est en soie brodée de fils d’or, d’argent ou de jais. Le chapeau noir (montera), les bas roses et les chaussons plats (zapatillas) complètent la tenue. Les « lumières » sont les paillettes qui renvoient le soleil.
Pourquoi parle-t-on d’habit de lumière ?
À cause des paillettes. Wikipédia rappelle qu’en espagnol, le mot « luces » désigne aussi ces petites pièces brillantes cousues sur le tissu. Sous le soleil d’une arène, la broderie renvoie la lumière à chaque mouvement du torero.
Le costume vient de la mode populaire andalouse. Selon Wikipédia en espagnol, il descend du « traje de majo », l’habit des gens du peuple au XVIIIe siècle. La corrida l’a ensuite gardé pour elle seule. Au fil du XIXe siècle, les broderies s’alourdissent. Le matador Francisco Montes, dit Paquiro, fixe la forme moderne dans les années 1830. On lui doit la montera, qui remplace le filet à cheveux porté jusque-là.
Quelles sont les pièces du costume de torero ?
Le tailleur madrilène Justo Algaba décrit trois pièces principales, faites ensemble : la veste, le gilet et la culotte. Le reste relève des compléments.
| Pièce | Nom espagnol | Description |
|---|---|---|
| Veste | Chaquetilla | Courte et rigide, avec des épaulettes. |
| Gilet | Chaleco | Porté sous la veste, brodé comme elle. |
| Culotte | Taleguilla | Moulante et arrêtée sous le genou. Elle se ferme par des cordons à glands, les « machos ». |
| Chemise | Camisa | Blanche, à jabot. |
| Cravate | Corbatín | Fine cravate de couleur. |
| Ceinture | Faja | Large bande de soie nouée à la taille. |
| Bas | Medias | Deux paires : bas de coton blanc dessous, bas de soie rose dessus. |
| Chaussures | Zapatillas | Chaussons plats et légers. |
| Chapeau | Montera | Chapeau noir en astrakan, à deux oreillettes. |
| Postiche | Coleta | Petite natte fixée à l’arrière de la tête. |
Pour le défilé d’ouverture, le paseíllo, le torero porte aussi le « capote de paseo ». C’est une cape d’apparat brodée qu’il ne sert pas pour toréer. La montera a son propre article : la montera, chapeau du torero. Les capes de travail sont présentées dans la cape du torero.
Combien pèse un habit de lumière ?
Les chiffres varient selon les sources. Wikipédia en français avance environ 10 kilos pour l’ensemble. Justo Algaba, interrogé par El Cierre Digital, parle de 5 à 6 kilos pour le costume. Selon lui, les paillettes pèsent à elles seules 2 à 3 kilos. L’écart tient sans doute à ce que l’on compte : les trois pièces brodées seules, ou tout l’équipement.
Comment est fabriqué un habit de lumière ?
À la main, dans des ateliers spécialisés, les sastrerías taurinas. Deux noms madrilènes reviennent souvent : la maison Fermín et celle de Justo Algaba, qui y a été formé.
Le parcours d’Algaba donne une idée du métier. Né en 1948 à Albacete, il commence en 1963 et se forme chez Fermín jusqu’en 1974, selon El Cierre Digital. Son premier habit de lumière date de 1973, pour un banderillero valencien. Il ouvre ensuite sa propre boutique à Madrid.
Les matériaux cités par le tailleur sont le satin, un tissu technique résistant et la « camaraña » d’or, le fil métallique de la broderie. Chaque habit est cousu sur mesure pour son torero.
Que signifient les couleurs de l’habit de lumière ?
Il n’existe pas de code imposé pour la couleur du tissu. Wikipédia en espagnol cite parmi les teintes courantes le grenat, le violet, le rose pâle et le tabac. On nomme un costume par sa couleur et celle de sa broderie. Exemple : « grana y oro », grenat et or.
La vraie règle porte sur la broderie :
- l’or est réservé aux matadors ;
- les autres toreros de la cuadrilla, picadors compris, portent des broderies d’argent ou de jais (noir).
Dans une cuadrilla, on reconnaît donc le chef d’un coup d’œil. Wikipédia en espagnol note que le choix de la couleur du tissu relève du goût ou de la superstition.
Tous les toreros portent-ils l’habit de lumière ?
Non. Le picador porte une veste brodée proche de celle du matador. Selon Wikipédia, sa jambe droite est protégée par une armure métallique sous une culotte de cuir jaune. Son rôle est expliqué dans notre article sur le picador.
Les rejoneadors, les toreros à cheval, portent en Espagne le costume court andalou. Voir la corrida à cheval.
Lors des corridas goyesques, les toreros portent des habits inspirés de l’époque de Goya. Wikipédia précise qu’ils n’ont pas de paillettes et qu’ils s’accompagnent d’un bicorne. Dans les festivals, le règlement taurin espagnol prévoit le « traje campero », la tenue de campagne.
L’histoire garde aussi une date symbolique. Selon Wikipédia en espagnol, Dolores Sánchez (La Fragosa) est en 1886 la première femme à toréer vêtue de l’habit de lumière comme les hommes.
Où voir des habits de lumière en France ?
Dans les arènes pendant les corridas et les novilladas. Le paseíllo est le meilleur moment pour les regarder : toute la cuadrilla traverse la piste en ligne, cape d’apparat sur l’épaule. Les cartels des grandes ferias sont publiés sur les fiches de la Feria de Nîmes et de la Feria de Dax. Pour la place du matador dans la cuadrilla, voir notre article sur le matador.