Paquito el Chocolatero est un paso doble espagnol composé à l’été 1937 par Gustavo Pascual Falcó, un musicien de Cocentaina, près d’Alicante. Son titre rend hommage à son beau-frère, surnommé « le chocolatier ». Dans les ferias du Sud-Ouest, le morceau a donné son nom au paquito, une danse où les festayres s’assoient en file et miment des coups de rame.
Qui était le vrai Paquito el Chocolatero ?
Il s’appelait Francisco Pérez Molina et il est né à Cocentaina en 1905. Ses parents vendaient du chocolat et des épices : la famille était connue sous le surnom de « chocolateros ». Francisco, lui, était « Paquito el Chocolatero » pour tout le village. Sa sœur Consuelo avait épousé le compositeur Gustavo Pascual Falcó, né en 1909 dans la même ville.
Paquito vivait pour les fêtes de Moros y Cristianos, ces reconstitutions de batailles entre Maures et Chrétiens très présentes dans la région d’Alicante. Le site consacré à l’œuvre insiste sur ce point : le compositeur a voulu un morceau à l’image de ce festero.
Comment le morceau a-t-il été composé ?
L’histoire se passe pendant l’été 1937, en pleine guerre civile. Gustavo Pascual Falcó passe ses vacances avec la famille de sa femme dans une petite maison au pied de la Sierra de Mariola. Un après-midi, il fait écouter trois compositions à son beau-frère et lui demande d’en choisir une, qui portera son nom. Paquito retient sans hésiter un paso doble enlevé, du genre qu’on joue pour les défilés du matin.
Le morceau est créé aux fêtes de Moros y Cristianos de Cocentaina. Il se répand ensuite dans les villages voisins. À Villena, les comparsas le jouent dès la fin des années 1930. Dans les années 1940, un chef d’escouade de la comparsa des Pirates, surnommé « El Roña », lance le geste qui l’accompagne encore en Espagne : on se penche en avant en poussant un cri sur certaines mesures.
La partition exposée au musée des fêtes de Cocentaina est souvent présentée comme autographe. L’encyclopédie en espagnol précise qu’il s’agit en fait d’une instrumentation réalisée en 1943 par Miguel Picó Biosca, élève du compositeur. Elle signale aussi une thèse contestée : dans un livre paru en 2023, un musicologue affirme qu’une partie du morceau reprend le paso doble Alma andaluza de Rafael Gómez Martínez.
Pourquoi ce paso doble est-il si connu ?
Il a quitté les fêtes valenciennes pour toute l’Espagne. D’après un rapport de la SGAE, la société espagnole des droits d’auteur, c’était en 2007 l’œuvre la plus jouée en concert dans le pays. Le partage de ces droits a d’ailleurs opposé pendant plus de quarante ans la famille du compositeur et sa veuve.
En France, l’arrivée du morceau au Pays basque est située dans les années 1960 par l’encyclopédie Wikipédia. Il est devenu un pilier du répertoire des bandas du Sud-Ouest. La banda du 1er RPIMa, le régiment parachutiste basé à Bayonne, en a enregistré une version diffusée sur les plateformes de streaming. Le chanteur Ricoune en a tiré en 2002 une adaptation en français, Dans un verre à ballon.
Dans les arènes, il fait aussi partie des paso doble que joue l’orchestre pendant une corrida. Pour la place de ces morceaux en piste, voir notre article sur le paso doble de corrida.
Comment danse-t-on le paquito ?
Le principe tient en trois gestes. Des dizaines de personnes s’assoient par terre, les unes derrière les autres. Au son de la banda, tout le monde se balance d’avant en arrière et mime des mouvements de rame. Les participants sont d’ailleurs appelés « rameurs ». Ensuite, un festayre se jette en arrière sur la file et se laisse porter de bras en bras jusqu’au bout de la chaîne.
Aucune fédération ne fixe de règle. Le paquito part souvent d’un simple signal : la banda attaque le morceau, quelqu’un s’assoit, les autres suivent. Dans une rue bondée, il faut de la place et un sol à peu près propre, deux conditions rarement réunies après minuit.
Où a eu lieu le plus grand paquito ?
Aux Fêtes de Bayonne. Le record du plus long paquito y a été battu sept années de suite, de 2004 à 2010 :
| Année | Participants | Longueur |
|---|---|---|
| 2004 | non communiqué | environ 677 m |
| 2009 | 7 956 | 2 650 m |
| 2010 | 8 060 | environ 2 500 m |
En 2012, l’association des Jeunes aficionados de Nîmes a tenté de battre ce record pendant la feria de Pentecôte, sans y parvenir.
Le paquito a depuis voyagé loin des ferias. Des supporters du XV de France en ont improvisé pendant la Coupe du monde de rugby 2019 au Japon, y compris dans un tramway. Les athlètes de la délégation française en ont formé un lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Paris 2024, au Stade de France.
Questions fréquentes
Le paquito se danse-t-il dans toutes les ferias ?
Il est surtout lié aux fêtes du Sud-Ouest, de Dax à Mont-de-Marsan, où les bandas le jouent dans les rues. Pour le reste du répertoire, notre guide des bandas et de la musique de feria liste les morceaux à connaître.
Paquito el Chocolatero a-t-il des paroles ?
Oui. La partition originale comporte un texte d’accompagnement en valencien, et d’autres versions chantées existent, dont l’adaptation française de Ricoune.