Les chansons de feria du Sud-Ouest tiennent dans une courte liste que tout le monde finit par connaître : Peña Baiona, Paquito el Chocolatero, España cañí, Hegoak et Se Canta. Les deux premières sont reprises par les bandas dans la rue comme dans les arènes. Les suivantes sont des chants que la foule entonne elle-même, en chœur. Voici d’où vient chaque titre et à quel moment on l’entend, pour ne pas rester muet au comptoir d’une bodega.
Quelles sont les chansons de feria à connaître ?
| Titre | Origine | Année | Où on l’entend |
|---|---|---|---|
| Peña Baiona | Autriche puis Espagne | 1972 pour l’original | Bayonne et ses stades |
| Paquito el Chocolatero | Cocentaina (Valence) | 1937 | Rue et arènes |
| España cañí | Espagne | 1923 | Bandas et arènes |
| Hegoak (Txoria txori) | Pays basque espagnol | 1968 | Chant collectif |
| Se Canta | Béarn (tradition médiévale) | fixée au XIXe siècle | Chant collectif |
| Bamboléo | Gipsy Kings (Arles) | 1987 | Soirées et bodegas |
Aucune parole n’est reproduite ici. Le titre suffit pour retrouver chaque morceau sur une plateforme d’écoute. Pour le rôle des orchestres eux-mêmes, voyez notre guide bandas et musique.
D’où vient la Peña Baiona ?
D’un tube autrichien. Udo Jürgens compose Griechischer Wein en 1972, une chanson sur la nostalgie des émigrés grecs dans la Ruhr. Le chanteur José Vélez en fait ensuite une version espagnole, Vino griego, qui marche en Amérique latine.
La France arrive tard. Selon ICI (ex-France Bleu), tout part en 1992 d’une cassette venue de Pampelune. Dominique Herlax, speaker du stade Jean-Dauger, écrit alors des paroles pour la Peña Baiona, et Gorka Robles les enregistre. Le chant gagne ensuite les ferias et les arènes.
C’est aujourd’hui un temps fort de la soirée d’ouverture des fêtes de Bayonne : les festayres le chantent avec l’harmonie bayonnaise, foulard rouge brandi. Toute l’histoire est dans notre article Peña Baiona. Pour les dates de la prochaine édition, voyez la fiche des fêtes de Bayonne.
Pourquoi tout le monde s’assoit sur Paquito el Chocolatero ?
Parce que le morceau a donné une danse. Paquito el Chocolatero est un pasodoble composé à l’été 1937 par Gustavo Pascual Falcó, à Cocentaina, dans la région de Valence. Le titre vient de son beau-frère, surnommé « el Chocolatero » à cause de son métier. D’après Wikipédia, le morceau arrive au Pays basque français dans les années 1960 et devient un élément central des fêtes de Bayonne.
La danse, le paquito, se pratique assis en file, chacun passant d’avant en arrière au rythme des cuivres. L’encyclopédie mentionne un record de 2 500 mètres de long établi en 2010. Dans les arènes, le même morceau sert aussi de pasodoble taurin : l’orchestre le joue pendant la faena quand la présidence juge le travail du matador particulièrement bon. Le détail est dans Paquito el Chocolatero.
Que jouent les bandas pendant la corrida ?
Des pasodobles. España cañí en est le plus connu. Pascual Marquina Narro l’a composé en 1923. Les premiers enregistrements datent de 1926, par la musique du régiment du génie de Madrid. Son titre veut dire « l’Espagne gitane ».
Wikipédia range ces pasodobles taurins dans le répertoire des orchestres d’arènes, qui les jouent pendant les corridas. C’est le cas à Dax, à Mont-de-Marsan ou à Béziers. Les fiches de la Feria de Dax, des fêtes de la Madeleine à Mont-de-Marsan et de la Feria de Béziers donnent les dates des corridas.
Le répertoire de rue est plus large : les bandas mêlent pasodobles, airs basques et reprises de variété arrangées pour cuivres. Vic-Fezensac organise même un festival international de bandas pendant sa feria de Pentecôte, voir la fiche de Vic-Fezensac.
Qu’est-ce que Hegoak, qu’on chante en chœur ?
Son vrai titre est Txoria txori, « l’oiseau est un oiseau ». Le poème est de Joxean Artze, écrit au début des années 1960. Mikel Laboa le met en musique en 1968, après l’avoir découvert imprimé sur des serviettes d’un restaurant de Saint-Sébastien. Imprimer du basque était alors un acte de résistance face à l’interdiction franquiste.
Le texte parle de liberté : garder l’oiseau en lui coupant les ailes, ou l’aimer tel qu’il est et le laisser partir. Simple, court et répétitif, il est devenu un chant populaire, rebaptisé Hegoak (« les ailes ») d’après son premier mot. Nous lui consacrons un article : Hegoak.
Et Se Canta, le chant gascon ?
C’est un chant occitan que la tradition attribue à Gaston Fébus, comte de Foix et vicomte de Béarn au XIVe siècle, sans preuve écrite. Transmis oralement, il n’a été fixé qu’au XIXe siècle par les folkloristes. En Béarn on l’appelle aussi Aqueras Montanhas, et la région de Nîmes en chante une version locale. Il parle de montagnes qui séparent deux amants.
Wikipédia rappelle qu’il est considéré depuis le XXe siècle comme l’hymne du Béarn, de la Gascogne et plus largement de l’Occitanie. Côté Provence, l’équivalent est la Coupo Santo, écrite par Frédéric Mistral en 1867 pour la coupe offerte par des Catalans aux félibres. Voyez notre article sur la Coupo Santo.
Et les rumbas des bodegas ?
Le soir, la musique enregistrée prend le relais des bandas. La rumba flamenca y tient une place à part, avec Bamboléo des Gipsy Kings, sorti en 1987 sur leur album éponyme. Le groupe vient d’Arles et de Montpellier : nous racontons son parcours dans les Gipsy Kings et Arles. Les tubes espagnols plus récents, de Macarena à Aserejé, sont regroupés dans les chansons espagnoles de la fête.
Un conseil pratique : apprenez le refrain de la Peña Baiona et le mouvement du paquito avant de partir. Ce sont les deux moments où la foule attend que vous suiviez.