mes ferias
Tauromachie

Pourquoi les taureaux n'aiment pas le rouge : un mythe

Publié le 29 septembre 2026

Les taureaux ne détestent pas le rouge. Comme tous les bovins, ils sont dichromates : leur œil ne possède que deux types de cônes et ne perçoit pas le rouge comme un œil humain. Ce qui déclenche la charge, c’est le mouvement de l’étoffe. La muleta est rouge par tradition, et la cape du début de corrida est rose et jaune sans que le taureau la charge moins.

Le taureau voit-il les couleurs ?

Oui, mais pas comme nous. L’œil humain possède trois types de cônes, les cellules de la rétine qui captent la couleur. Celui des bovins n’en a que deux. Une synthèse publiée en 2024 dans la revue Frontiers in Animal Science sur la vision des ongulés d’élevage rappelle les mesures de Jacobs et de ses collègues, publiées en 1998 : chez les bovins, les pics de sensibilité se situent vers 455 nanomètres (bleu) et 554 nanomètres (vert).

Il manque donc le cône sensible aux grandes longueurs d’onde, celui qui permet à l’humain de distinguer le rouge du vert. La même synthèse range les bovins avec le cheval, le porc, la chèvre et le mouton parmi les animaux sans cône « rouge ». Leur vision ressemble à celle d’une personne atteinte de daltonisme rouge-vert.

Cela ne veut pas dire que le rouge est invisible. La revue indique que les bovins distinguent une lumière rouge (610 nanomètres) d’une lumière bleue ou verte, alors qu’ils séparent mal le bleu du vert. Futura Sciences résume de son côté que les bovins voient le rouge, le jaune, le vert et le bleu clair. Leur rétine compte peu de cônes et beaucoup de bâtonnets, les cellules insensibles à la couleur.

Qu’est-ce qui fait charger le taureau ?

Le mouvement. Futura Sciences l’écrit sans détour : c’est l’agitation de la muleta et l’attitude du torero qui provoquent le taureau, pas la couleur du tissu. Les bovins ont une bonne perception des mouvements, bien meilleure que leur perception des teintes.

L’émission américaine MythBusters a testé l’idée en 2007, dans l’épisode « Red Rag to a Bull » diffusé le 22 août. Verdict affiché : mythe démonté. Le taureau a chargé des drapeaux rouges, bleus et blancs sans préférence. Placé face à un drapeau rouge immobile et un drapeau bleu en mouvement, il a suivi le bleu. Face à un homme en rouge immobile et à des toreros qui bougeaient, il est allé vers ceux qui bougeaient.

Le comportement en piste va dans le même sens. Un torero qui reste immobile peut voir le taureau passer à quelques centimètres de lui. C’est le principe de toutes les passes : l’étoffe bouge, le corps ne bouge pas, et le taureau suit l’étoffe.

Pourquoi la muleta est-elle rouge alors ?

Par tradition. L’encyclopédie en espagnol rappelle qu’on a utilisé autrefois des muletas rouges, jaunes ou bleues, au goût du torero et selon leur efficacité pour attirer le taureau. Elle conclut qu’aujourd’hui la muleta est toujours rouge. Futura Sciences indique même qu’elle était blanche à l’origine avant de passer par d’autres teintes.

Aucune des sources consultées ne donne de raison certaine au choix final du rouge. On lit souvent que le rouge masque le sang ou qu’il frappe l’œil du public. Ces explications circulent beaucoup, mais nous n’avons trouvé aucune source solide pour les confirmer. Le fonctionnement de l’étoffe est détaillé dans notre article sur la muleta.

La cape est-elle plus efficace que la muleta ?

Non, et la corrida elle-même le montre. Au premier tiers, le matador et ses peones reçoivent le taureau avec le capote, une grande cape rose d’un côté et le plus souvent jaune de l’autre. Le taureau charge ce capote avec la même énergie qu’il chargera la muleta rouge au troisième tiers. Si la couleur comptait, il faudrait changer d’étoffe.

La différence entre les deux tient à la taille et au maniement, pas à la couleur. Le capote se tient à deux mains, la muleta souvent d’une seule. Notre article sur la cape de torero décrit ses usages.

ÉtoffeCouleurMomentCe que voit le taureau
CapoteRose et jaunePremier tiersUne grande surface qui bouge
MuletaRougeTroisième tiersUne surface plus petite qui bouge

Et en course camarguaise ou landaise ?

L’absence de lien avec le rouge s’y voit encore mieux. En course camarguaise, les raseteurs sont habillés en blanc et le taureau les charge quand même. En course landaise, la vache fonce sur l’écarteur, qui porte un boléro coloré et brodé selon la Fédération française de la course landaise. Dans les deux cas, c’est la course de l’homme qui déclenche la charge. Les règles sont expliquées dans nos articles sur la course camarguaise et la course landaise.

Pourquoi le mythe du rouge persiste-t-il ?

Parce que le public ne voit que l’étoffe rouge au moment le plus spectaculaire. La faena est la partie de la corrida où le taureau passe le plus près du torero, et elle se fait à la muleta. L’association entre la couleur et la charge vient de là. L’anglais a même son expression, « like a red rag to a bull », reprise pour titrer l’épisode de MythBusters. La vision des bovins montre que le lien se fait dans l’œil du spectateur, pas dans celui du taureau.

Questions fréquentes

Un taureau charge-t-il une personne habillée en rouge ?

Pas à cause du rouge. Dans l’expérience de MythBusters, l’homme en rouge qui restait immobile a été ignoré. Dans un pré, c’est un geste brusque ou une course qui attire l’attention d’un bovin, quelle que soit la couleur des vêtements.

Les vaches voient-elles mieux les couleurs que les taureaux ?

Non. La vision dichromate concerne l’espèce bovine entière. Les mâles et les femelles ont le même équipement de cônes.

Où voir une corrida en France ?

À Nîmes, Dax, Béziers ou Bayonne, notamment. Les dates sont sur la fiche de la Feria de Nîmes à la Pentecôte et dans le calendrier des ferias.

Sources

  • frontiersin.org
  • futura-sciences.com
  • en.wikipedia.org
  • es.wikipedia.org
  • courselandaise.fr