Un cocardier est un taureau de race Camargue sélectionné pour la course camarguaise. Il entre en piste avec une cocarde et d’autres attributs fixés entre les cornes, que les raseteurs tentent d’arracher. Dans ce jeu, c’est l’animal qu’on vient voir : les meilleurs cocardiers ont leur statue, leur tombe et leur nom gravé dans les villages de la bouvine.
Qu’est-ce qu’un cocardier exactement ?
Techniquement, un bœuf. L’encyclopédie Wikipédia précise que le cocardier est un taureau castré de race Camargue, qu’on appelle biòu en provençal. Il mesure environ 1,20 mètre au garrot et pèse de 250 à 350 kilos. Ses cornes relevées dessinent un croissant, une coupe ou une lyre.
Il est élevé en manade, dans le delta du Rhône, en Crau et dans les terres voisines. Il vit en liberté toute l’année et ne quitte le pré que pour courir. Notre article sur le taureau de Camargue détaille la race, et celui sur la manade explique l’élevage.
Pourquoi le taureau est-il la vedette de la course camarguaise ?
Parce que tout le spectacle repose sur sa manière de défendre ses attributs. Les raseteurs, vêtus de blanc, passent devant lui avec un crochet métallique pour décrocher cocarde, glands et ficelles. Un bon cocardier lit le jeu, attend, poursuit l’homme jusqu’à la barrière.
Ces gestes ont un nom. On parle de coup de barrière quand le taureau poursuit le raseteur jusqu’aux planches qui bordent la piste. Le site Bouvine et Traditions attribue au Sanglier l’invention de ce geste, ce qui fait de lui le premier cocardier moderne. Les attributs sont décrits dans notre article sur la cocarde et les attributs, et le métier d’en face dans celui sur le raseteur.
Qui était le Sanglier ?
Le cocardier de référence de la première moitié du XXe siècle. Né en 1916 dans la manade Granon, il meurt en 1933. Bouvine et Traditions le présente comme l’idole des aficionados de son temps et le plus grand cocardier qu’ait connu la course provençale.
Il est enterré au Cailar, dans le Gard. Une stèle marque sa tombe. L’épitaphe s’adresse aux aficionados et rappelle son nom, sa manade et ses dates.
Quelle est l’histoire de Vovo ?
Vovo naît en 1944 dans la manade Aubanel, puis est confié au manadier Paul Laurent. Il court de 1947 à 1954, avec une dernière sortie à Aimargues en 1958, et meurt en 1959. Il n’a jamais remporté le Biòu d’or, et pour cause : le trophée n’existait pas avant 1954, l’année où sa carrière s’arrête.
Sa descendance a prolongé sa légende. Son fils Tigre remporte le Biòu d’or en 1959 et 1960. Un autre fils, Loustic, le gagne trois fois. Depuis 2010, une statue de Vovo signée par le sculpteur anglais Peter Eugene Ball se dresse devant l’entrée des arènes des Saintes-Maries-de-la-Mer. Elle le montre franchissant une barrière. Pour l’histoire du trophée, lisez notre article sur le Biòu d’or.
Pourquoi Goya a-t-il une statue à Beaucaire ?
Parce qu’il a rempli les arènes dans les années 70. Goya naît au printemps 1964 aux Marquises, dans la manade Laurent. Il est le petit-fils de Vovo et le fils de Loustic. Il débute en 1968 aux Saintes-Maries-de-la-Mer, dans des courses de nuit.
Le site Voir Plus retient 1973 comme son année la plus suivie, avec des arènes combles à chacune de ses sorties. En 1976, il reçoit le Biòu d’or. Il court pour la dernière fois à Beaucaire en 1981. Fait rare, ses admirateurs lui élèvent une statue de son vivant : les « Amis de Goya » l’inaugurent en mai 1984 à l’entrée ouest de Beaucaire. Goya meurt le 30 janvier 1986 au mas des Marquises, où il est enterré.
Quels autres cocardiers sont entrés dans la légende ?
Le Clairon est l’autre gloire de Beaucaire. Né en 1920, il fait courir les foules dans les années 30. Une statue de bronze l’honorait, fondue en 1943 lors de la mobilisation des métaux. Une statue en pierre la remplace en 1963, à l’entrée de la ville.
| Cocardier | Manade ou ville | Dates | Où le retrouver |
|---|---|---|---|
| Le Sanglier | Granon | 1916 à 1933 | Tombe et stèle au Cailar |
| Le Clairon | Beaucaire (ville) | né en 1920 | Statue de pierre à Beaucaire (1963) |
| Vovo | Aubanel puis Paul Laurent | 1944 à 1959 | Statue aux Saintes-Maries-de-la-Mer (2010) |
| Goya | Laurent | 1964 à 1986 | Statue à Beaucaire (1984) |
Le Cailar, Beaucaire et les Saintes-Maries-de-la-Mer forment ainsi un petit circuit des cocardiers, tous dans le Gard ou en Camargue. Pour voir les héritiers de ces taureaux en piste, les ferias d’Arles ouvrent leur programme par une course camarguaise, à la Feria de Pâques comme à la Feria du Riz.
Questions fréquentes
Un cocardier est-il mis à mort ?
Non. La course camarguaise ne comporte pas de mise à mort. Le cocardier rentre au pré après la course, et les plus célèbres finissent leurs jours à la manade, comme Goya aux Marquises.
Qu’est-ce que le Biòu d’or ?
C’est le trophée annuel qui distingue le meilleur cocardier de la saison. Il existe depuis 1954. Goya l’a reçu en 1976, Tigre en 1959 et 1960.