La peineta est un grand peigne décoratif, bombé, que l’on plante dans un chignon. Elle sert souvent de support à la mantilla (en français, mantille), un voile de dentelle posé sur la tête et tombant sur les épaules. L’éventail complète la panoplie. En Espagne, le trio se porte surtout à la Semaine sainte, aux corridas et aux mariages, tandis que la robe de flamenca de la feria s’accompagne plutôt d’une fleur ou d’une peineta sans voile.
Qu’est-ce qu’une peineta ?
L’encyclopédie espagnole la définit comme un ornement de coiffure au corps convexe, muni de dents qui s’enfoncent dans le chignon. Elle tient les cheveux et les décore à la fois.
Son histoire est ancienne. Le peigne ornemental devient une parure féminine courante à la fin du XVIIIe siècle, comme le montrent les portraits de cour en France et en Espagne. Les premières peinetas étaient en or, en argent, en laiton ou en acier. Quand leur taille a augmenté au XIXe siècle, les fabricants sont passés à des matières plus légères : os, ivoire, écaille de tortue. Les plus grandes peinetas espagnoles pouvaient demander une carapace entière.
Le plastique change tout dans la seconde moitié du XXe siècle. Il rend la peineta bien moins chère et accessible à toutes. De l’autre côté de l’Atlantique, Buenos Aires et Montevideo ont connu au début des années 1830 le « peinetón », un peigne géant qui dépassait un mètre de haut.
Qu’est-ce que la mantilla ?
Un voile féminin espagnol, héritier des anciennes capes. Elle se fait en blonde (dentelle de soie), en chantilly ou en tulle, d’après l’encyclopédie espagnole. On la classe par tissu, par région d’origine (castillane, aragonaise, andalouse) et par occasion : deuil, mariage, corrida ou blanc de la Résurrection.
Certains auteurs lui cherchent des ancêtres dans des figurines ibères préromaines. Son adoption par la noblesse et la haute bourgeoisie espagnoles date en tout cas de la fin du XVIIIe siècle. Les tableaux de Goya en gardent la trace.
Comment porte-t-on la peineta et la mantilla ?
La méthode décrite par le quotidien El Debate suit un ordre précis.
- Les cheveux sont relevés en chignon bas.
- Deux petits peignes (peinecillos) se fixent sur le chignon.
- La peineta se plante bien au centre.
- La mantille se pose par-dessus la peineta et se fixe avec des épingles.
La tenue qui accompagne une mantille de Semaine sainte est sobre : robe noire, manches longues si possible, sans transparence, longueur sous le genou.
Quelle couleur de mantille selon l’occasion ?
La couleur suit le calendrier liturgique. Voici les usages rapportés par El Debate.
| Occasion | Couleur de la mantille |
|---|---|
| Jeudi saint | Noire |
| Vendredi saint | Noire, en signe de deuil |
| Dimanche de Résurrection | Blanche |
Le noir des deux jours saints marque le deuil de la Crucifixion. Le blanc du dimanche de Pâques exprime la joie de la Résurrection. Aux mariages, la mantille est surtout portée par la marraine. Madrid et les villes du Sud, Séville en tête, sont les endroits où l’usage reste le plus visible. Notre article sur la Semaine sainte de Séville décrit les processions où on la voit.
La mantille se porte-t-elle aux corridas ?
Oui. L’encyclopédie espagnole cite les corridas parmi les usages actuels de la mantille et de la peineta, avec les processions, les baptêmes et les mariages. Elle apparaît aussi dans les audiences papales solennelles.
Pour comprendre ce qui se passe en piste pendant que le public est ainsi vêtu, notre article sur le déroulement d’une corrida reprend les trois tiers.
Et avec la robe de flamenca ?
La peineta fait partie de la tenue flamenca, précise l’encyclopédie. Avec la robe à volants, elle se porte dans le chignon, comme la fleur qui peut la remplacer. Les détails de la robe sont décrits dans notre article sur la robe sévillane.
La peineta se retrouve aussi dans le costume des falleras de Valence, autre tenue régionale citée par l’encyclopédie espagnole.
Quelle est l’histoire de l’éventail espagnol ?
L’éventail pliant arrive en Europe au XVIe siècle, rapporté d’Orient par les navigateurs et marchands portugais. Les fabricants français et italiens dominent ensuite le marché. L’Espagne reprend pied grâce au soutien de la couronne, qui fait venir des maîtres italiens. À la fin du XVIIIe siècle, une Manufacture royale d’éventails est officialisée à Valence.
Un éventail se compose de trois parties :
- le país, la feuille de tissu ou de papier collée sur l’armature ;
- le varillaje, les lamelles de bois, souvent sculptées ou peintes ;
- les padrones, les deux lames extérieures, parfois de petites œuvres d’art.
Et le fameux « langage de l’éventail », ce code amoureux qui ferait passer des messages selon la manière de l’ouvrir ou de le tenir ? Les auteurs modernes jugent peu probable qu’il ait réellement existé, selon l’encyclopédie espagnole. C’est une belle histoire plus qu’un usage attesté.
Questions fréquentes
La peineta fait-elle partie de la tenue de feria en France ?
Non. Dans les ferias du Sud-Ouest et du Gard, la tenue courante repose sur le blanc et le foulard : elle est décrite dans notre guide de la tenue de festayre.
En quoi était faite la peineta traditionnelle ?
En écaille de tortue pour les plus grandes du XIXe siècle, en métal pour les plus anciennes. Le plastique domine depuis la seconde moitié du XXe siècle.