Le Torero hallucinogène est une huile sur toile de Salvador Dalí peinte en 1969 et 1970, conservée au Salvador Dalí Museum de St. Petersburg, en Floride. Elle mesure près de 4 mètres de haut sur 3 de large. Le tableau repose sur une double image : la Vénus de Milo, répétée plusieurs fois, dessine par ses ombres le visage d’un torero, probablement Manolete. Dalí l’a dédié à sa femme Gala, qui n’aimait pas la corrida.
Où voir Le Torero hallucinogène ?
Au Salvador Dalí Museum, à St. Petersburg, en Floride (États-Unis). Le tableau n’est pas en Espagne ni en France : pour le voir, il faut traverser l’Atlantique.
| Fiche | Détail |
|---|---|
| Artiste | Salvador Dalí |
| Dates | 1969-1970 (idée née en 1968) |
| Technique | huile sur toile |
| Dimensions | 398,8 × 299,7 cm |
| Lieu | Salvador Dalí Museum, St. Petersburg (Floride) |
L’encyclopédie francophone indique que Dalí a consacré deux ans à cette toile.
D’où vient l’idée du tableau ?
D’une boîte de crayons. Selon le musée Dalí, l’artiste voit en 1968, dans un magasin de fournitures pour artistes, une boîte de crayons de la marque Venus ornée de la Vénus de Milo. En la regardant, il y reconnaît le visage d’un torero. L’encyclopédie francophone précise que la boîte venait de la marque Venus Esterbrook et qu’il l’avait achetée à New York.
Ce type de vision n’est pas un hasard chez Dalí. C’est l’application de sa « méthode paranoïaque-critique » : l’art de voir une seconde image dans une première, et de la peindre pour que le spectateur la voie à son tour.
Comment trouver le torero caché dans la Vénus ?
Il faut prendre du recul. De près, on voit une suite de Vénus de Milo de tailles différentes. De loin, le corps de la deuxième Vénus devient le visage et le buste du torero. Le musée Dalí donne les correspondances :
- le ventre de la Vénus forme le menton du torero ;
- sa taille dessine la bouche ;
- son sein gauche devient le nez ;
- l’arche rose au-dessus forme le haut de la tête ;
- l’arène, en haut du tableau, lui sert de montera, le chapeau du torero.
Sur la joue, on distingue une larme. Pour la coiffe elle-même, voir la montera.
Qui est le torero du tableau ?
Le musée Dalí dit qu’il s’agit « probablement » de Manolete, et l’encyclopédie francophone l’affirme. Le visage grave et émacié correspond au matador de Cordoue, mort le 29 août 1947 à Linares après le coup de corne du taureau Islero. La tête de taureau mourant pourrait être Islero lui-même selon l’encyclopédie anglophone. Ce drame est raconté dans notre portrait de Manolete.
Quelles autres images sont cachées dans le tableau ?
La toile fourmille de détails. Voici ceux que relèvent les encyclopédies :
- Gala, en haut à gauche, le visage renfrogné : Dalí la peint ainsi parce qu’elle n’aimait pas les corridas ;
- un petit garçon en costume de marin, qui représente Dalí enfant ;
- un dalmatien, dont la silhouette se devine dans la composition ;
- des mouches, qui renvoient à saint Narcisse, patron de Gérone, dont la légende dit qu’il a fait fuir des envahisseurs par des nuées de mouches ;
- les paysages du cap de Creus et de Roses, sur la côte catalane chère au peintre ;
- la femme de L’Angélus de Millet, que Dalí croyait en prière pour un enfant mort.
L’encyclopédie francophone lit l’ensemble comme un tableau sur la mort et la résurrection. Le taureau tué, la larme du matador et l’évocation d’un frère mort (Dalí avait eu un frère aîné, mort avant sa naissance, qui portait aussi le prénom Salvador) vont dans ce sens. Les couleurs rouge et jaune de l’arène rappellent le drapeau espagnol.
Dalí aimait-il la corrida ?
Le tableau ne tranche pas. Il réunit un torero mythique et une épouse qui boude le spectacle. La corrida y sert surtout de décor à un jeu d’optique et de souvenirs personnels : l’enfance, la Catalogne, la mort. C’est ce qui le distingue des œuvres de Goya ou de Picasso, qui peignent l’arène elle-même. Pour comparer, voir les peintres de la corrida et Picasso et la corrida.
Questions fréquentes
Combien de Vénus de Milo y a-t-il dans le tableau ?
L’encyclopédie anglophone en compte environ vingt-huit, de toutes les tailles. La plus visible est celle dont le corps dessine le visage du torero.
Pourquoi « hallucinogène » ?
Le titre annonce le principe du tableau : une image qui en fait apparaître une autre quand on la regarde longtemps, comme une hallucination.