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Histoire

Goya et la Tauromachie : les 33 gravures de 1816

Publié le 29 septembre 2026

La Tauromaquia de Goya est une série de 33 gravures sur cuivre consacrées à la corrida, publiée par le peintre lui-même à la fin de 1816. Goya les a gravées entre le printemps 1814 et l’automne 1816, à l’eau-forte et à l’aquatinte. La série suit l’histoire des jeux taurins, des origines supposées jusqu’à la mort du matador Pepe Hillo en 1801. Elle se vendait 10 réaux la planche, ou 300 réaux le jeu complet.

Qu’est-ce que la Tauromaquia de Goya ?

Un album d’estampes. Goya a environ 69 ans quand il le termine, et il sort à peine d’une autre série, les Désastres de la guerre. D’après Wikipédia en anglais, le sujet taurin avait un avantage : il n’était pas politiquement sensible et pouvait paraître sans ennui.

La vente est annoncée le 28 octobre 1816 dans la Gazette de Madrid. La Real Academia de Bellas Artes de San Fernando cite aussi l’annonce du Diario de Madrid : les planches se vendent à l’unité ou par jeu complet de 33. Le premier tirage est de 320 exemplaires. Il ne rencontre ni succès critique ni succès commercial.

Goya n’était pas un observateur lointain. Il signait parfois ses lettres « Francisco de los Toros », rappelle la même source. Pour situer la série parmi les autres œuvres taurines, voir notre article sur les peintres de la corrida.

Comment la série est-elle construite ?

En trois temps, selon la notice de la collection de la Banque d’Espagne, qui possède une série complète de la première édition :

  1. Les origines anciennes et médiévales : les anciens Espagnols et les Maures, puis Charles Quint et le Cid.
  2. Les toreros du XVIIIe siècle : Apiñani et Martincho, Pedro Romero et Pepe Hillo.
  3. La fin tragique : les accidents, jusqu’à la mort de Pepe Hillo en 1801.

Goya s’est appuyé sur des textes. La Banque d’Espagne en cite trois : la Carta histórica de Nicolás Fernández de Moratín (1776) sur l’origine des fêtes de taureaux, la Tauromaquia de José de la Tixera (1796), attribuée à Pepe Hillo, et la Disertación de José Vargas Ponce (1807). La première partie reprend donc la thèse de Moratín plus qu’elle ne documente des faits. Notre article sur l’origine de la corrida fait le point sur ce que disent les historiens.

Quels toreros Goya a-t-il représentés ?

Des professionnels réels, dont les noms figurent dans les légendes gravées. Wikipédia en anglais donne les numéros :

  • Martincho : planches 15, 18 et 19, avec ses sauts et ses audaces.
  • Juanito Apiñani : planche 20, célèbre pour son saut à la perche par-dessus le toro.
  • Mariano Ceballos, dit l’Indien : planches 23 et 24, à cheval ou monté sur un taureau.
  • Pepe Hillo : planches 29 et 33.
  • Pedro Romero : planche 30, où il tue un toro arrêté.

La dernière planche montre la mort de Pepe Hillo dans les arènes de Madrid en 1801. Terminer une série sur un matador tué n’a rien d’anodin. La corrida de Goya n’est pas un divertissement élégant : c’est un face-à-face où l’on meurt. Pour d’autres cas, voir les toreros morts dans l’arène.

Pourquoi ces gravures intéressent-elles les historiens de la corrida ?

Parce qu’elles montrent une corrida d’avant la codification moderne. On y voit des suertes disparues : sauts à la perche, toreros montés sur le toro, piques sans caparaçon pour le cheval. Les chevaux des picadors n’ont reçu leur protection qu’en 1928, bien après Goya ; notre article sur le rôle du picador détaille ce changement.

Il faut garder deux réserves. La partie historique illustre Moratín, pas des témoignages. Et Goya choisit des scènes d’accident et d’exploit, pas une course ordinaire. Comme document, la série vaut surtout pour les planches consacrées à ses contemporains.

Que sont devenues les plaques de cuivre ?

Goya avait acheté ses plaques à la maison anglaise Pontifex & Co., qui fournissait aussi Blake et Turner, selon la Real Academia de San Fernando. Elles avaient été fabriquées entre 1804 et 1811. Après la mort du peintre en 1828, elles passent à son fils Javier, puis au marchand Loizelet et à d’autres propriétaires. Elles reviennent en Espagne en 1920.

Le Círculo de Bellas Artes les cède à l’Academia en 1979. Le fonds compte 33 plaques pour 40 images : sept plaques sont gravées des deux côtés. Les revers portent des compositions écartées par Goya. La Banque d’Espagne compte 45 compositions en tout, en ajoutant cinq sujets connus seulement par des épreuves d’essai.

La Calcografía Nacional a réimprimé la série, notamment en 1855. Une huitième édition date de 1983.

Où voir la Tauromaquia de Goya ?

À Madrid d’abord. La Real Academia de Bellas Artes de San Fernando conserve les plaques de cuivre et des tirages. La Banque d’Espagne détient une série complète de la première édition, acquise en 1982, avec des feuilles de 31 sur 44 centimètres.

En France, l’œuvre taurine de Goya est souvent citée à côté de celle de Picasso, qui a lui aussi gravé une Tauromaquia ; notre article sur Picasso et la corrida la présente.

Questions fréquentes

Combien de gravures compte la Tauromaquia de Goya ?

33 dans l’édition publiée en 1816. Les revers de sept plaques portent d’autres compositions non publiées à l’époque.

Quelle technique Goya a-t-il utilisée ?

L’eau-forte et l’aquatinte, complétées par la pointe sèche, le burin et le brunissoir, sur plaques de cuivre.

Quel est le sujet de la dernière planche ?

La mort du matador Pepe Hillo dans les arènes de Madrid, en 1801.

Sources

  • en.wikipedia.org
  • academiacolecciones.com
  • coleccion.bde.es