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Histoire

Picasso et la corrida : du Petit picador jaune à Arles

Publié le 29 septembre 2026

Picasso a peint la corrida toute sa vie. Son plus ancien tableau connu, « Le Petit Picador jaune », date de 1889 : il a huit ans et sort d’une corrida à Málaga. Installé dans le Midi après la guerre, il fréquente les arènes d’Arles, de Nîmes et de Vallauris. Il laisse des œuvres taurines visibles aujourd’hui à Céret et à Arles.

Qu’est-ce que « Le Petit Picador jaune » ?

C’est une petite huile sur bois de 24 centimètres sur 19. Pablo Ruiz Picasso la peint en 1889 après une corrida dans les arènes de la Malagueta, à Málaga, où son père l’emmène. On y voit un picador à cheval vêtu de jaune vif, avec trois spectateurs derrière la barrière. Elle est considérée comme sa plus ancienne œuvre conservée.

Le picador est le cavalier qui pique le taureau au premier tiers de la corrida. Pour le rôle exact de ce personnage, voir notre article sur le picador en corrida.

Pourquoi le taureau et le Minotaure reviennent-ils chez Picasso ?

Dans les années 1930, le taureau devient chez lui une figure mythologique. En 1935, Picasso grave « La Minotauromachie ». Cette eau-forte de 49,8 sur 69,3 centimètres est tirée à 55 exemplaires par l’imprimeur Roger Lacourière. Un Minotaure menaçant y fait face à une fillette qui tient une bougie. Une femme torero blessée est couchée sur un cheval éventré. Des exemplaires sont conservés au musée Picasso de Paris, au musée Picasso de Barcelone et au MoMA de New York.

L’encyclopédie la présente comme l’un des antécédents directs de « Guernica », peint deux ans plus tard, où le taureau et le cheval blessé réapparaissent.

Dix ans après, le taureau devient un exercice de style. Entre le 15 décembre 1945 et le 17 janvier 1946, Picasso dessine « Le Taureau » à l’atelier du lithographe Fernand Mourlot, à Paris. Il reprend la même pierre en onze états successifs. Le premier est un taureau massif et détaillé, le dernier une silhouette réduite à quelques lignes.

Picasso allait-il aux corridas à Arles et à Nîmes ?

Oui, régulièrement à partir des années 1950. Les archives de l’INA montrent Picasso dans les gradins des arènes d’Arles lors de la corrida des Vendanges, en septembre. Sa présence s’explique par son installation en Provence et par son amitié avec le matador Luis Miguel Dominguín.

Les deux hommes se rencontrent à l’été 1950 par l’intermédiaire de Jean Cocteau. Picasso a 69 ans, Dominguín 24. L’amitié dure quinze ans : Picasso devient le parrain de Paola, la fille du torero. Il dessine des motifs pour ses habits de lumière, et les deux hommes conçoivent même ensemble un projet d’architecture d’arènes. Le Musée des cultures taurines de Nîmes leur a consacré l’exposition « Picasso/Dominguín, une amitié », jusqu’au 23 septembre 2018. Notre portrait de Dominguín raconte la carrière du matador.

À Nîmes, les images de l’INA montrent aussi Picasso et Cocteau parmi les spectateurs d’une corrida de feria où toréait Dominguín. La Feria de Pentecôte de Nîmes programme toujours ses corridas dans les mêmes arènes romaines.

Qu’est-ce que « La Tauromaquia » de Picasso ?

C’est un livre illustré né directement d’une corrida arlésienne. Au printemps 1957, Picasso assiste à la corrida de Pâques d’Arles. De retour à Cannes, il grave sur cuivre 26 aquatintes au sucre, une technique qui permet de peindre au pinceau directement sur la plaque. Elles illustrent le traité de tauromachie publié en 1796 par le torero José Delgado, dit Pepe Illo.

L’éditeur barcelonais Gustavo Gili publie l’ouvrage en 1959, à 263 exemplaires. Le titre fait écho à la Tauromaquia gravée par Goya en 1815 et 1816, que nous présentons dans l’article Goya et la tauromachie. Pour les dates actuelles de la Feria de Pâques d’Arles, consultez sa fiche.

Les corridas organisées sous son regard ne se limitent pas aux grandes arènes. Un reportage de 1954 montre une corrida montée à Vallauris, la ville de la céramique où il vivait alors. Le photographe arlésien Lucien Clergue le photographie en 1962 présidant une course de taureaux à Fréjus.

Où voir les œuvres taurines de Picasso dans le Sud de la France ?

Deux musées concentrent l’essentiel. Le tableau ci-dessous résume ce que chacun conserve.

MuséeVilleŒuvres liées aux taureaux
Musée d’art moderneCéret30 coupelles tauromachiques (1953)
Musée RéattuArles57 dessins donnés en 1971 et des gravures taurines
Musée des cultures taurinesNîmesExposition « Picasso/Dominguín » en 2018

À Céret, les « coupelles tauromachiques » sont trente petits bols en céramique peints à Vallauris en six jours, du 12 au 17 avril 1953. Ils déroulent une corrida entière, du paseo à la mort du taureau. Selon le musée, Picasso lui en fait don le 12 août 1953. Il connaissait la ville depuis ses séjours de 1911 à 1913, où il réalisa plus de trois cents œuvres. La Feria de Céret a lieu en juillet : c’est l’occasion de coupler arènes et musée le même week-end.

À Arles, le musée Réattu reçoit en 1971 un don de 57 dessins, choisis par Picasso lui-même parmi les feuilles d’une exposition parisienne. Les collections comptent aussi des gravures et affiches taurines, un portrait de sa mère donné par Jacqueline Picasso en 1985 et « Lee Miller en Arlésienne », déposé par le musée national Picasso en 1990.

Pour élargir aux autres artistes qui ont peint l’arène, notre article sur les peintres de la corrida complète ce panorama.

Questions fréquentes

Quel est le premier tableau de Picasso ?

« Le Petit Picador jaune », huile sur bois peinte en 1889 à l’âge de huit ans, est considéré comme sa plus ancienne œuvre conservée.

Picasso était-il ami avec un torero ?

Oui, avec Luis Miguel Dominguín, rencontré en 1950 grâce à Jean Cocteau. Leur amitié a duré quinze ans.

Où voir les coupelles tauromachiques de Picasso ?

Au musée d’art moderne de Céret, dans les Pyrénées-Orientales.

Sources

  • en.wikipedia.org
  • fr.wikipedia.org
  • musee-ceret.com
  • cnap.fr
  • franceinfo.fr
  • fresques.ina.fr
  • ina.fr