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Musique

Toréador : l'air de Carmen et l'histoire du mot

Publié le 29 septembre 2026

Toréador est un mot espagnol ancien, attesté en 1550, qui désignait surtout les combattants à cheval d’avant le XVIIIe siècle. Il était sorti de l’usage quand les librettistes de Carmen, l’opéra de Georges Bizet créé en 1875, l’ont donné à leur torero Escamillo. Depuis, « toréador » reste attaché à l’air le plus célèbre de l’œuvre. Dans l’arène, on dit torero, et matador pour celui qui tue le taureau.

D’où vient le mot toréador ?

Il dérive du verbe espagnol torear, toréer, lui-même tiré de toro. Le mot existait bel et bien en espagnol : on l’employait pour les toreros à cheval d’avant le XVIIIe siècle. Il disparaît de l’usage à la fin de ce siècle.

Une idée reçue, relevée par l’encyclopédie Wikipédia, attribue le mot à Prosper Mérimée. Elle est fausse sur deux points. Le mot est espagnol, et la nouvelle Carmen de Mérimée ne l’emploie jamais : le personnage taurin y est un picador. Mérimée s’en sert en revanche dans une autre pièce, Le Carrosse du Saint-Sacrement, située au XVIIIe siècle. Ce sont Henri Meilhac et Ludovic Halévy, les librettistes de Bizet, qui ont introduit cet anachronisme dans l’opéra et l’ont rendu populaire en France.

Toréador, torero ou matador : quelle différence ?

Aujourd’hui, tous les hommes qui combattent le taureau en piste sont des toreros. Le matador, le peón, le banderillero, le picador et le rejoneador en font partie. Le matador est celui qui, à pied, combat puis tue l’animal. « Toréador » n’a plus de sens technique : il s’emploie seulement par référence à Carmen, ou à tort. Pour le vocabulaire complet, voir notre article matador, définition et rôle et le lexique des ferias.

Que raconte l’air du toréador dans Carmen ?

Carmen est un opéra-comique en quatre actes, créé le 3 mars 1875 à l’Opéra-Comique, à Paris. Escamillo, le torero, est un rôle de baryton. Il a été créé par Jacques Bouhy.

L’air arrive à l’acte II, dans la taverne de Lillas Pastia, près de Séville. Des cris retentissent dehors : la foule acclame Escamillo, qui s’est couvert de gloire aux dernières courses de Grenade. Invité à entrer, il se présente avec les couplets « Votre toast, je peux vous le rendre ». Le refrain, « Toréador, en garde », donne son nom au morceau. Escamillo y décrit l’arène, le public et le combat, puis promet l’amour au vainqueur. Il remarque Carmen, qui l’éconduit sans le décourager.

Le personnage revient à l’acte III, où il affronte Don José et l’épargne, lui qui a l’habitude de tuer des taureaux et non des hommes. L’acte IV se déroule sur une place de Séville, devant les arènes de la Maestranza. Pendant qu’Escamillo triomphe dans l’arène, Don José tue Carmen à l’extérieur. Le motif d’Escamillo figure aussi dans le prélude de l’opéra, juste après le thème de la corrida.

Pourquoi entend-on Carmen dans les arènes ?

En course camarguaise, la musique de Bizet fait partie du rituel. D’après la Ville de Pérols, les raseteurs se présentent au public lors du capelado « à l’appel de Carmen ». Le même air salue le coup de barrière, quand le taureau poursuit le raseteur jusqu’à frapper les planches de la barricade. Le site Voir Plus cite un récit de 1919 où les hautbois entonnent déjà Carmen dans une course de Camargue. Les règles de ce jeu sans mise à mort sont expliquées dans notre article sur la course camarguaise.

En corrida, les orchestres d’arènes jouent surtout des paso doble. Carmen y revient pourtant lors d’événements particuliers, comme à Nîmes.

Quel lien entre Carmen et les arènes de Nîmes ?

Il date de plus d’un siècle. Selon le webdocumentaire de la Ville de Nîmes sur son amphithéâtre, Carmen y a été donnée le 12 mai 1901, sous la direction de Fayot. Un immense décor peint par Diosse évoquait Séville. Au quatrième acte, une corrida avait réellement lieu sur la piste.

Pour les 150 ans de l’opéra, la Feria des Vendanges 2025 a programmé une corrida Carmen, le vendredi 19 septembre. Au cartel : Sébastien Castella, Alejandro Talavante et Tomás Rufo, face à des toros de Victoriano del Río. L’orchestre Chicuelo II, dirigé par Rudy Nazy, jouait les grands airs de Bizet. La mezzo-soprano Valentine Lemercier, le baryton Frédéric Cornille et le ténor Ignacio Encinas chantaient. Le décor était signé par l’artiste nîmois Jules Milhau.

Les deux ferias nîmoises ont lieu dans le même amphithéâtre : la Feria de Pentecôte au printemps et la Feria des Vendanges en septembre. L’histoire du monument est racontée dans notre article sur les arènes de Nîmes.

Questions fréquentes

Faut-il dire toréador ou torero ?

Torero. « Toréador » est correct en français comme mot vieilli ou comme référence à Carmen, mais on ne l’emploie plus pour parler d’une corrida actuelle.

Qui chante l’air du toréador ?

Escamillo, rôle de baryton. À la création de 1875, c’était Jacques Bouhy. Le chœur, Carmen et d’autres personnages reprennent le refrain à la fin des couplets.

Sources

  • fr.wikipedia.org
  • arenes-webdoc.nimes.fr
  • arenesdenimes.com
  • ville-perols.fr
  • voir-plus.com